Yllis

Le temps de la patience

Il paraît que la patience est une vertu paysanne.

Je l’ai appris depuis quelques mois !

A la fin de l’hiver, je pensais rapidement commencer à cultiver. Tout me semblait prêt :

J’avais même préparé un magnifique rétroplanning sur les mois de mars et avril qui prévoyait la mise en place des infrastructures, des planches de cultures, le montage de la serre pépinière, etc jusqu’à la première culture (c’était une planche de carotte qui était prévue pour fin avril).

J’avais sous-estimé ma dépendance aux autres dans ce démarrage d’activité.

En premier lieu l’attestation d’affiliation à la MSA. Véritable sésame, c’est en fait ce qui prouve qu’on est agriculteur aux yeux de l’administration et donc aussi pour les dépôts de demande de subvention. Il m’a fallu près de 6 semaines pour l’obtenir, en relançant toutes les semaines.

Ensuite, les parcelles que je vais cultiver sont situées à moins de 500 m à vol d’oiseau de l’église de Cressonsacq et d’une tour en ruine, reste du château médiéval (à l’Est) et d’un calvaire (au Sud). Tous trois sont inscrits aux monuments historiques. C’est à dire que lors du dépôt de la déclaration préalable pour la mise en place des clôtures et le montage des serres, les délais sont allongés. L’architecte des bâtiments de France doit donner son avis.

Et à ce sujet, la cerise sur le gâteau a été quand on m’a demandé de refaire ma déclaration préalable car le cerfa que j’avais utilisé était non conforme. En fait il s’agissait de la dernière version du Cerfa, disponible sur services-publics.gouv.fr. Mais en face de moi la technicienne de l’urbanisme ne connaissait que la version précédente de ce cerfa et craignait que la demande ne se fasse retoquer en préfecture. Bien sûr, je n’ai été averti qu’au bout des deux mois du délai légal après lequel cela aurait valu autorisation tacite.

Et puis l’eau…

Sans eau, pas de cultures possible. Un légume, c’est une sculpture d’eau. Je souhaite me raccorder sur le réseau d’eau courante avec ce qu’on appelle un compteur agricole, c’est à dire qu’on ne paie que l’approvisionnement en eau et pas la part assainissement (ce qui est logique car je ne vais pas renvoyer d’eau “grise” dans le réseau).

Obligé de passer par l’entreprise délégataire de ce service public, j’avais eu un devis de plus de 5 000€, alors que je suis en cÅ“ur de village et qu’il n’y a pas de grands travaux à faire. A force de leur écrire estomaqué par le prix, l’entreprise a proposé de baisser le devis de 12%. J’ai donc payé à la signature du devis, selon leurs conditions. Les travaux devaient alors se déclencher sous trois à six semaines.

Las… un mois plus tard, ils m’annoncèrent que la rue était une route départementale et qu’il fallait l’autorisation du Conseil Départemental pour faire des travaux.

Contact pris avec la conseillère départementale du canton, également vice-présidente du département, elle a accepté de transmettre le message au service concerné que c’était urgent. Comme par hasard, quand j’ai prévenu la société d’adduction d’eau que je demandais à une vice-présidente d’accélérer la procédure, ils m’ont répondu que le dossier avait justement été transmis au département… la veille !

Bref… J’ai aussi fait quelques relances de la vice-présidente et de la société, pour qu’enfin en milieu de semaine, on m’informe que l’autorisation avait été signée.

Entre-temps j’avais refait ma planification de cultures deux fois.

La première planche cultivée était d’abord prévue pour fin avril, puis fin mai puis maintenant mi-juillet.

La patience est une vertu paysanne…

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