Yllis

Etre épicurien : une histoire de plaisirs ?

Oui et
 non. Les Ă©picuriens ne sont pas les jouisseurs que nous imaginons souvent. Et pourtant la recherche des plaisirs les guide. Regardons d’un peu plus prĂšs.

J’ai dĂ©couvert l’épicurisme un peu par hasard. J’entendais beaucoup parler de stoĂŻcisme, qui semble le courant de philosophie morale Ă  la mode. Il faut dire que le stoĂŻcisme convient bien aux temps de crise que nous traversons.

Le stoĂŻcisme m’apparaissait austĂšre et triste. Et surtout j’y voyais une philosophie de la rĂ©signation (accepter les calamitĂ©s qui nous accablent). Cela m’a donnĂ© envie de creuser les autres courants de philosophie morale antiques.

C’est ainsi que j’ai dĂ©couvert l’épicurisme. Ce courant a une approche joyeuse et conviviale de la vie. Il a souvent Ă©tĂ© opposĂ© au stoĂŻcisme pour cette raison. Pourtant ces deux Ă©coles philosophiques ont de nombreux points communs.

Dans une large part, la vision que nous avons de l’épicurisme aujourd’hui est largement reconstruite. TrĂšs peu de textes nous sont parvenus. Il faut dire qu’avec l’arrivĂ©e du Christianisme et son hĂ©gĂ©monie sur la pensĂ©e occidentale pendant plusieurs siĂšcles, peu de textes de la doctrine Ă©picurienne sont arrivĂ©s intactes jusqu’à nous, car ils n’étaient pas trĂšs compatibles avec la doctrine chrĂ©tienne (au contraire du stoĂŻcisme). C’est aussi le Christianisme qui a contribuĂ© Ă  construire une image nĂ©gative des Ă©picuriens, de personnes se vautrant dans la jouissance et les plaisirs. Alors, qu’est-ce qu’il en est ?

Je ne prĂ©tendrais pas rĂ©diger ici un article scientifique ou d’autoritĂ© sur l’épicurisme. Il s’agit plus d’en prĂ©senter ce que j’en ai compris et surtout ce que j’en retiens et qui m’anime et me guide dans la vie de tous les jours.

Avant tout, l’épicurisme, c’est le choix dĂ©libĂ©rĂ© de la dĂ©tente, de la sĂ©rĂ©nitĂ©, et d’une gratitude profonde d’ĂȘtre vivant.

C’est une sobriĂ©tĂ© heureuse : vivre avec le nĂ©cessaire, sans le superflu (trĂšs Ă  la mode !). Et je dis bien avec le nĂ©cessaire. Il ne s’agit pas d’apprendre Ă  vivre avec rien parce qu’on est pauvre. Le plaisir est le guide, mais qu’est-ce que c’est que le plaisir ?

Le plaisir (ou plutĂŽt la recherche des plaisirs) va conduire le comportement de l’épicurien dans la vie quotidienne.

Le plaisir est le principe et la fin de toute vie bienheureuse.[
] C’est en partant de lui que nous dĂ©cidons de tout choix et de tout rejet, et c’est Ă  lui que nous aboutissons, du fait que nous usons comme rĂšgle de l’affection pour juger de tout bien. Epicure — Lettre Ă  MĂ©nĂ©cĂ©e — 129

Le malheur des hommes vient d’un Ă©tat de manque perpĂ©tuel. Ce n’est pas Épicure qui l’a remarquĂ© en premier mais Ă  priori Platon (ou peut-ĂȘtre mĂȘme d’autres avant dont la pensĂ©e ne nous est pas parvenue). Épicure propose de rĂ©soudre ce manque par 4 principes qu’il nomme le tetrapharmakos : — les dieux ne sont pas Ă  craindre (car ils vivent de leur cĂŽtĂ© loin des hommes et sans interfĂ©rer avec eux). Ça c’est trĂšs, bien, ça fait un soucis de moins ! — La mort n’est rien (car Ă  ce moment-lĂ  on n’est plus en vie pour en ressentir l’éventuelle souffrance), donc ça ne sert Ă  rien de la craindre ! — Le plaisir naĂźt de l’absence de douleur (simple, efficace et en fait tellement vrai) — Toutes les douleurs sont supportables (ça c’est le point qui selon moi peut se discuter
). Mais en tout cas l’idĂ©e est que la ressource pour supporter la douleur est en nous. Et que si une douleur est trop vive elle s’achĂšve par la mort (qui n’est pas Ă  craindre).

Les cris de la chair sont : “ne pas avoir faim”, “ne pas avoir soif”, “ne pas avoir froid”. Qui jouit de cet Ă©tat et de l’espĂ©rance d’en jouir peut rivaliser en bonheur avec Zeus lui-mĂȘme. (Sentences vaticanes 33)

Épicure qualifie ces trois lĂ  de plaisirs “naturels et nĂ©cessaires” et les place au-dessus des autres. Selon les Ă©picuriens, la satisfaction des plaisirs de base garantit une vie heureuse. C’est une notion sur laquelle il faut se pencher un peu plus.

Aujourd’hui on emploierait plutĂŽt le terme de besoins, plutĂŽt que plaisirs. La notion de plaisir s’oppose probablement chez les Ă©picuriens Ă  celle de souffrance. Tant que ces besoins (boire, manger, ĂȘtre au chaud), sont satisfaits ou que nous avons la perspective qu’ils soient satisfaits, nous pouvons vivre heureux. Il ne s’agit pas seulement de les satisfaire aujourd’hui, mais aussi de savoir qu’ils seront satisfaits demain. Le plaisir se savoure si on n’a pas la crainte du lendemain.

J’aime cette idĂ©e que ces besoins de manger, boire, ne pas avoir froid sont la base d’une vie sereine et joyeuse ( si on peut ĂȘtre certains qu’ils seront satisfaits !)

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