Profession révolutionnaire de Asja Lacis

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Il s’agit de l’autobiographie de la comédienne et metteuse en scène russe Asja Lacis. Contemporaine de la Révolution russe, elle en fut aussi une militante. Walter Benjamin fut un temps son compagnon et elle en offre un délicat portrait. Ce livre est intéressant pour la réflexion et les exemples qu’il propose de ce que fut le « théâtre prolétarien » qui s’est inventé dans la foulée de la Révolution d’octobre.

Ci dessous quelques extraits de son ouvrage, à propos du théâtre prolétarien et des expériences menées à Berlin et en Allemagne dans les années 1920.

La salle était pleine à craquer. On attendait le début de la représentation fiévreusement. Musique. Obscurité. Silence. Deux personnes se disputent dans la salle, frayeur des gens, la querelle se poursuit dans l’allée centrale, on allume la rampe, et les adversaires, venus d’en bas, apparaissent devant le rideau. Ce sont deux ouvriers qui discutent de la situation. Arrive un monsieur en haut de forme. Un bourgeois. Il a sa propre conception du monde et il invite les adversaires à passer la soirée avec lui. Le rideau se lève. Scène 1. Maintenant tout va se succéder avec rapidité. […] 
Le public participe à l’action. Regardez-le siffler, crier, faire du vacarme, exciter les acteurs, agiter les bras et donner un coup de main en pensée… inoubliable !
On ne trouve dans aucun théâtre une masse qui suive le spectacle de cette manière, elle participe même au jeu.
 
En principe les revues rouges étaient ainsi construites que deux passants – un bourgeois et un prolétaire – discutaient ensemble, leurs arguments réciproques étant scéniquement développés avec conséquence. Ce schéma offrait un gros avantage : les scènes pouvaient s’enchaîner de façon lâche, et se transformer facilement pour répondre aux questions politiques du jour.
Exemple de spectacle : Il se référait en l’occurence à un accident des mines qui venait de se produire et avait coûté la vie à une cinquantaine de mineurs. On commença par montrer le comportement peu scrupuleux des magnats des mines, qui avaient négligé les prescriptions minimales en matière de protection du travail et de sécurité. Puis on vit leur air hypocrite après la catastrophe, à la cérémonie d’enterrement, où les représentants du gouvernement capitaliste évoquaient en terme grandiloquents l’héroïsme du travail et autres choses de la sorte.
 
Autre genre : le théâtre documentaire. Par exemple sur les années 1918 et 1919 en Allemagne par Piscator.
La forme de la chronique documentaire historique faisait ses preuves. Quand fut rendu littéralement sur scène le discours de Karl Liebknecht assassiné par des bandes de gardes blancs, le public fut saisi d’une profonde émotion. Les reportages cinématographiques sur la première guerre mondiale combien meurtrière, préparée puis conduite par la bourgeoisie avec le soutien actif de la social démocratie allemande, agirent comme une accusation grave contre les milieux dominants, contre la direction de la social-démocratie. Cet effet fut particulièrement fort, parce que le théâtre bourgeois s’efforçait soigneusement de masquer les faits. La chronique documentaire eut un rôle précurseur pour beaucoup d’initiatives théâtrales de type d’agit prop, qui offraient sur scène des vues historiques d’ensemble à l’aide d’un matériel documentaire.

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